On dit souvent de moi que je suis quelqu'un de discret, pas du genre à être la fille à problème. Je ne suis pas le genre de personne qu'on remarque, plutôt de celle qu'on bouscule "Oups, excuse
je t'avais pas vue". Je crois que c'est à peu près comme ça que tout le monde me voit. Alors il ne vient à l'esprit de personne d'aller chercher plus loin.
Mais peu importe, qu'est-ce que ça changerait de toute façon? Je suis la fille invisible, celle qui souffre en silence, de la douleur à l'état pur.
A l'intérieur de toute façon, il n'y a que du vide.
Absence de vie, absence d'existence.
Je ne suis que le pâle reflet du néant.
Alors je me remplit comme je peux pour essayer de combler ce vide. Dans la glace je vois mon corps changer, évoluer indépendemment de mon âme jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à voir avec la
personne que je suis. Tout ça me dégoûte, je me dégoûte.
Je suis le silence.
Je tais mes maux, je tais mes blessures.
Mes coupures sont en sécurité sous des bracelets et des manches longues, mes larmes dissimulées derrière mon sourire. Un sourire figé, qui sonne faux, poupée de cire. Mais qui le verrait, qui
pourrait s'intéresser à un coquille vide? Je peux toujours tenter de faire illusion en me remplissant, en me donnant une consistance. Mais je hais tout ça, je hais cette bouffe qui me transforme
jour après jour et fait de moi un monstre.
Je hais mon silence alors que je voudrais hurler ma douleur et vomir ma souffrance. Je me hais.
Lorsqu'on parle de suicide, on pense presque toujours à la mort physique. Mais le corps n'est pas seul.
Lorsque l'on cesse d'exister, de vivre, lorsqu'on se coupe du monde, l'esprit et l'âme s'éteignent. Le corps seul continue de respirer mais le reste n'est plus. Vivre ne se résume pas aux seules
fonction vitales, c'est aussi exister tout simplement. Non ce n'est pas simple. Après avoir passé deux ans et demi coupée du monde, deux ans et demi à me détruire, comment réussir à réintégrer le
monde des vivants? J'ignore si j'en ai jamais fait partie. J'ai une peur dévorante de tout donner pour faire partie d'un monde dont je me sens étrangère et qui ne voudra sûrement pas de moi. Mais
ai-je vraiment le choix? C'est ça ou me laisser partir, laisser mon pauvre corps porté au gré de la tempête, sachant pertinemment quelle en sera l'issue.
Je m'appelle Lili, j'ai 19 ans et je ne veux pas mourir
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