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Mardi 8 juillet 2008

On dit souvent de moi que je suis quelqu'un de discret, pas du genre à être la fille à problème. Je ne suis pas le genre de personne qu'on remarque, plutôt de celle qu'on bouscule "Oups, excuse je t'avais pas vue". Je crois que c'est à peu près comme ça que tout le monde me voit. Alors il ne vient à l'esprit de personne d'aller chercher plus loin.
Mais peu importe, qu'est-ce que ça changerait de toute façon? Je suis la fille invisible, celle qui souffre en silence, de la douleur à l'état pur.
A l'intérieur de toute façon, il n'y a que du vide.
Absence de vie, absence d'existence.
Je ne suis que le pâle reflet du néant.
Alors je me remplit comme je peux pour essayer de combler ce vide. Dans la glace je vois mon corps changer, évoluer indépendemment de mon âme jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à voir avec la personne que je suis. Tout ça me dégoûte, je me dégoûte.
Je suis le silence.
Je tais mes maux, je tais mes blessures.
Mes coupures sont en sécurité sous des bracelets et des manches longues, mes larmes dissimulées derrière mon sourire. Un sourire figé, qui sonne faux, poupée de cire. Mais qui le verrait, qui pourrait s'intéresser à un coquille vide? Je peux toujours tenter de faire illusion en me remplissant, en me donnant une consistance. Mais je hais tout ça, je hais cette bouffe qui me transforme jour après jour et fait de moi un monstre.
Je hais mon silence alors que je voudrais hurler ma douleur et vomir ma souffrance. Je me hais.




Lorsqu'on parle de suicide, on pense presque toujours à la mort physique. Mais le corps n'est pas seul. Lorsque l'on cesse d'exister, de vivre, lorsqu'on se coupe du monde, l'esprit et l'âme s'éteignent. Le corps seul continue de respirer mais le reste n'est plus. Vivre ne se résume pas aux seules fonction vitales, c'est aussi exister tout simplement. Non ce n'est pas simple. Après avoir passé deux ans et demi coupée du monde, deux ans et demi à me détruire, comment réussir à réintégrer le monde des vivants? J'ignore si j'en ai jamais fait partie. J'ai une peur dévorante de tout donner pour faire partie d'un monde dont je me sens étrangère et qui ne voudra sûrement pas de moi. Mais ai-je vraiment le choix? C'est ça ou me laisser partir, laisser mon pauvre corps porté au gré de la tempête, sachant pertinemment quelle en sera l'issue.

Je m'appelle Lili, j'ai 19 ans et je ne veux pas mourir





Par Lili
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Commentaires

Lili, Ton commentaire m'a touchée au plus profond...c'est vrai que mon blog recouvre 2 ans de ma vie...c'est long. Merci de t'être donnée la peine de me lire, vraiment, ça me fait toujours un drôle de truc de lire ça...des fois je me demande le rôle de mon blog, sa fonction. Puis je me souviens que j'en avais trouvé des super, qui m'ont stimulée, encouragée. Parce que je n'étais pas seule dans ma souffrance (c'est peut être égoïste mais ça fait tellement de bien!), et que leurs mots étaient emplis d'espoir et de détermination. Aujourd'hui elles sont toutes pratiquement guéries, sauf quelques unes...que je continue à suivre, à travers ces bribes de vie dévoilées. Alors si mon blog peut servir...j'en suis ravie. Tes mots sont tristement bien écrits Lili et j'espère que tu oseras exister rapidement. Être la fille invisible est un calvaire, la peur de représenter le boulet de service est tout aussi insupportable. J'ai voulu être ce que les autres attendaient de moi, pour ne pas déplaire, ne pas déranger, ne pas décevoir. Alors à force de jongler avec tous ces rôles je me suis perdue. Je ne sais pas qui je suis Lili. Donne toi le droit de vivre, d'exister, d'être. Tu as l'air pleine de sensibilité, et si vulnérable. Tes premiers mots me font penser aux miens. Emplis d'une douleur violente, et pourtant cachée au plus profond de l'âme. On la laisse hurler à l'intérieur, elle lancine, elle nous vrille les tripes. Et on l'ignore, comme si elle n'existait pas. On la ferme en attendant que ça se passe, gentiment. On sourit quand il le faut, on rit, on sort avec les potes. Qui ne nous connaissent finalement pas si bien puisque l'on renie la personne que nous sommes. On s'en rend compte le soir, quand on referme la porte de chez soi et qu'on s'écroule les clés encore en mains, deux sillons noirs sous les yeux. Seule. Il n'y a pas longtemps de parlais de l'hôpital et le fait que je pensais que la "vraie" vie était dehors. On m'a répondu que la prison n'était pas l'hôpital,mais ancrée dans ma tête. Et c'est vrai, mes barreaux c'est moi qui les ai érigés,seule. J'ai bâti mon propre enfer. Hyperphagie, boulimie, anorexie ne sont pas de jolis mots. D'ailleurs les prononcer est difficile pour moi, même après 7-8 ans de "maladie".Ce sont des troubles différents mais qui se rejoignent tellement dans le comportement et le mode de pensées basé sur la culpabilité et le déni de soi. Des fois je me demande comment on fait pour se détester autant, se haïr à vouloir disparaitre. L'autodestruction peut aller loin, peut durer des années, une vie entière. Tu évoques le vide, tu le remplis, moi je l'entretiens...mais c'est toujours cette putain de sensation de n'être rien qui fout en l'air. Ne pas avoir de consistance, pas de fonction, pas d'émotions, je peux encore écrire des lignes et des lignes. Le vide m'angoisse terriblement et pourtant c'est ma drogue, mon carburant, je m'affame pour sentir mon estomac se vriller, afin que je me sente vivante...tellement de paradoxes. Je te souhaite bonne route Lili. Bonne chance, on PEUT, promis. ça prend du temps et on a intérêt à apprivoiser la patience, mais on peut y arriver. Tu n'es pas rien Lili, ôte toi ça de la tête, et tu es encore moins invisible. Tu sembles être une belle personne pour écrire tous ces mots bourrés de vulnérabilité, à la fois douloureux et puissants, mais plein d'espoir. On ne meurt pas à 19ans, non. Il y a d'autres chemins. Parfois il arrive que l'on se perde, mais il suffit de (re)trouver un guide, sage et bienveillant. Et accepter l'aide. Apprendre à recevoir sans culpabiliser.Ce sont des choses qui peuvent paraitre anodines ou niaises, mais qui ont une importance capitale. Je t'embrasse, prends soin de toi. Enchantée de faire ta connaissance...
Commentaire n°1 posté par Anorchidea le 25/07/2008 à 02h38

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